Un petit billet Cassandre
Pour ceux qui ne connaissent pas, ContreInfo est un site qui « se donne pour objectif d’apporter à ses lecteurs informations et éclairages sur l’actualité française et internationale afin de leur permettre de mieux connaître le monde incertain dans lequel nous vivons et de comprendre les enjeux auxquels nous sommes confrontés ». Leur slogan colle parfaitement aux buts de notre modeste blog : « Les infos absentes des prompteurs de JT »
L'article en question est une interview de « Sadad Al Husseini, ancien cadre de la compagnie saoudienne Aramco [...] géologue de formation et ingénieur en champs pétroliers - ingénieur de production - de part [son] expérience ». L'interview originale est tirée du site ASPO USA. L'ASPO est l'Association pour l'Étude du Pic Pétrolier et Gazier, une référence dans le monde du pic pétrolier.
Le Pic Pétrolier ? Si vous n'en avez jamais entendu parler, vous allez avoir un choc. Pour ne pas trop digresser, voici un site qui vulgarise parfaitement le sujet : Wolf at the door. C'est grâce à ce site que j'ai découvert le sujet, il y a maintenant quelques années.
En résumé : les réserves de pétrole ne sont pas infinies et des études tendent à prouver que les courbes de découvertes et de consommation suivent un modèle en cloche (voir image tirée de wikipédia), chacune décalée dans le temps. Le haut de la cloche de la courbe de consommation est appelé pic pétrolier (ou Pic d'Hubbert, du nom du géophysicien américain qui a formulé la théorie, s'en servant pour prédire le pic pétrolier des champs américains). Au pic nous aurons consommé la moitié des réserves terrestres de pétrole et la consommation ne pourra alors que décliner suivant ainsi avec quelques années de retard la courbe des découvertes.
Il y a encore quelques années ce sujet était carrément éludé par les pétroliers et par les politiques. Maintenant, il y a presque unanimité sur les faits, les divergences portant sur la prévision du Pic. 2015, 2020, 2030, les plus optimistes nous prédisent encore quelques années de pétrole abondant. Pour d'autres, on est déjà au Pic, ou plutôt au plateau puisque dans les faits la courbe prendra sans-doute une forme de plateau ondulé à son sommet : tension sur la demande entrainant hausse des prix donc récession donc baisse de la demande, donc baisse des prix... Ça vous rappelle rien ? Bingo, le prix du baril depuis quelques années.
Que vient donc nous expliquer Mr Al Husseini ? Tout simplement qu'il n'y a pas assez de nouveaux projets pétroliers pour répondre à la demande dans les 2/3 ans qui viennent surtout si l'économie se met à repartir, que l'Arabie Saoudite (principal pays producteur de pétrole) ne pourra plus accroitre sa production pour suivre la demande mondiale, que la production stagne depuis 2003, que les hydro-carbures "non conventionnels" (saloperie de sables bitumeux ou champs à grande profondeur) ne sont pas une solution (ni économique, ni énergétique).
Rien d'original dans ces propos mais juste la confirmation par un professionnel du pétrole de ce que l'on sait déjà. Alors certes les politiques commencent à intégrer cette dimension de l'après pétrole bon marché dans leur discours, mais dans les faits ils agissent encore comme si nous avions le temps de voir venir.
A l'heure où j'écris ces lignes, le baril est à 78.53 $, loin de sa pointe historique à 150 $ mais déjà loin des 30 $ de janvier dernier. Et pourtant, même si les plus optimistes voient la fin du tunnel, la crise n'est pas encore fini. Pire on est dans les mois (octobre/novembre) où le baril est généralement à la baisse. Les premiers rayons de soleil de sortie de crise risquent fort d'être douchés par une nouvelle flambé du prix du baril alimentée par la demande et la spéculation.
Pour compléter le sujet, deux articles de Bakchich : le premier d'avril 2008 explique que les réserves de l'Arabie Saoudite s'effritent, le second de juin 2009 prévoit un baril à 85 $ malgré la crise.